J’ai un peu traîné à raconter cette partie du voyage vers la France dans le vain espoir de recevoir des explications – pour ne pas dire un dédommagement ou des excuses – de la part du transporteur que nous appellerons “P et M” chargé d’emmener Nada à Anvers. Celles-ci ne venant pas, je vais raconter ici comment notre acharnement est venu à bout des légèretés de P et M pour permettre au bateau de traverser l’Atlantique et de franchir les douanes. En espérant que cette expérience serve à d’autres.


P et M est un spécialiste du transport de bateaux qui m’a été recommandé par des régatiers américains. Basés à Londres, ils ont des bureaux aux États-Unis et en France. Ce sont des spécialistes des superyachts et de la logistique des courses au large (Volvo Ocean Race entre autres).


Par sa taille et le budget (relativement) modeste de ce transport, Nada aurait pu être traité plus légèrement qu’un bateau plus grand, mais ça n’a pas été le cas. Les échanges ont été constants, par mail, téléphone et fax. Cela n’a pourtant pas évité de grossières erreurs, qui auraient pu être lourdes de conséquences. Comme si nous étions leur premier transport de ce type.


Après quatre heures de route depuis Marblehead, nous nous sprésentons au port de Newark munis de la seule information qui devait nous permettre de faire prendre en charge le bateau d’après P et M: un numéro d’expédition. Consternation des agents du port pour qui la dépose d’un chargement ne peut se faire qu’avec un seul et unique document, affiché sur tous les murs du local: le “dock receipt”. Impossible de faire valoir notre numéro. Il nous faut montrer un document papier en bonne et due forme, que nous n’avons jamais reçu. A 15h (21h en France…) il ne reste qu’une heure avant la fermeture du bureau. Nous sommes dans une zone industrielle avec un bateau en remorque d’un camion de location, à moins de quatre heures de nos vols internationaux respectifs… sans plan B.


Armés de nos seuls téléphones, nous trouvons le contact du responsable américain de P et M, qui dispose du fameux dock receipt qui ne nous a pas été transmis. s’en suivent des échanges de mails, mais comment imprimer un e-mail reçu sur un téléphone quand les autorités portuaires ne veulent voir que du papier? La solution que nous trouvons est d’envoyer le mail par fax en utilisant le service de fax en ligne associé à une ligne téléphonique Free en France! A 15h45, le fax arrive. A 15h50, on nous indique qu’il y a une erreur de recopie du numéro de série du bateau, inscrit sur le dock receipt. Appel en urgence à P et M et re-belote. A 15h59, un dock receipt correct arrive sur le fax. Nous n’aurons pas à passer la nuit à Newark, mais il s’en est fallu d’une minute. Cette minute aurait pu nous coûter une semaine de stockage à Newark en attente du bateau suivant, une journée de location de camion, deux nuits d’hôtel et deux vols internationaux annulés.


Nous laissons Nada dans le parc de chargement, face au quai ou s’amarrera deux jours plus tard l’Atlantic Concert.


Nada effectuera la traversée de l’Atlantique en 16 jours, en visitant le sports de Norfolk, Baltimore, Halifax ou Liverpool. Au passage de la Manche, un suivi par l’AIS le montre au milieu de la flotte de la Volvo Ocean race en route vers La Haye.







Échaudés par l’épisode de la dépose à Newark, nous avons pris nos précautions pour la récupération à Anvers et demandé à P et M de nous fournir les bons documents, bien à l’avance. Nous arrivons donc confiants à 10h30 du matin au terminal Europa d’Anvers, une heure avant la fermeture de pause déjeuner. Nous devons être de retour dans les Yvelines avant 18h pour pouvoir garer la remorque dans un parc gardé, ce qui nous oblige à repartir d’Anvers avant 13h.


Je présente les documents au guichet. On me répond qu’ils sont inutiles et qu’un numéro suffit (à l’inverse de Newark). Ils le saisissent et constatent que le bateau n’a pas été “released” par les douanes. J’interroge P et M qui ne me croit pas: les documents qu’ils m’ont envoyés sont pour eux la preuve du dédouanement. Après avoir insisté pour qu’ils vérifient, nos interlocuteurs de P et M constatent le problème et son origine: Deux documents douaniers indiquaient des poids différents pour le chargement, ce qui a invalidé le dédouanement. Qui a fait l’erreur? Pourquoi n’étaient-ils pas au courant? Nous n’avons jamais eu de réponse.


Encore une fois, nous comptons sur nos téléphones pour obtenir les documents corrigés, avec une connexion internet aléatoire mais surtaxée. Pour faire court, la mise à jour doit être faite par le transitaire local, dont nous n’apprenons l’existence que fortuitement. Si nous avions été mis en contact direct, la situation se serait débloquée en 5 minutes. Nous prenons l’initiative de le contacter, la base de données est mise à jour et nous obtenons le sésame… mais il est maintenant 16 heures.







Nous nous rendons sur le parc où est stocké le bateau sur sa remorque. Aucun agent en vue, la grille n’est pas fermée. Nous entrons, déplaçons des affaires du bateau vers le camion et attelons la remorque. Au moment de sortir, nous nous arrêtons devant la grille. Toujours personne en vue, ce qui nous interpelle vu que nous avons payé une assurance spéciale pour garantir la sécurité du bateau en attente de son enlèvement. Par le transitaire, nous faisons appeler un surveillant qui arrive dix minutes plus tard pour récupérer un feuillet, un peu étonné de voir que nous pouvions entrer et sortir librement du parc. Sans plus…







Aucune explication, excuse ou remise ne viendra réparer le préjudice financier, le stress et la perte de temps autour de ce transport. A défaut, j’espère que ce témoignage servira à éviter quelques galères aux lecteurs qui voudraient importer un bateau des États-Unis.

PS: Venez rencontrer Nada (et Waloo!) au Golden Oldies Trophy à Concarneau, du 21 au 23 août et suivez Nada sur Twitter.